Dans une région souvent associée aux conflits armés et aux crises humanitaires, une initiative scientifique née à Goma tente de raconter une autre histoire : celle de jeunes Congolais qui ambitionnent de participer à la conquête spatiale africaine.
Le Centre de Recherche Aérospatiale Nyota Cosmos, fondé en 2019 par deux étudiants de l’Institut Supérieur des Techniques Appliquées (ISTA/Goma), Muhindo Kalondero Jeancy et Kwenene Oscar, poursuit un projet qui peut sembler audacieux : développer à long terme des technologies capables de placer de petits satellites africains dans l’espace.
Créé dans un contexte marqué par l’insécurité, le manque d’infrastructures scientifiques et les faibles opportunités de recherche, le centre est né de la volonté de démontrer que l’innovation peut également émerger dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Pourquoi envoyer des satellites dans l’espace ?
Les satellites jouent aujourd’hui un rôle essentiel dans de nombreux secteurs de la vie quotidienne. Ils permettent notamment d’améliorer les télécommunications, de surveiller les changements climatiques, de suivre l’évolution des cultures agricoles, de cartographier les ressources naturelles ou encore de contribuer à la gestion des catastrophes naturelles.
Pour les fondateurs du projet, l’Afrique doit progressivement renforcer ses capacités technologiques afin de mieux répondre à ses propres défis. Leur vision est de participer, à leur échelle, à la réduction de la dépendance du continent vis-à-vis des technologies étrangères dans le domaine spatial.
Un objectif fixé pour 2035
L’ambition affichée par l’équipe de Nyota Cosmos est de parvenir, d’ici 2035, à développer une technologie africaine capable de lancer des nanosatellites en orbite basse terrestre.
Les nanosatellites sont de très petits satellites, souvent de la taille d’une boîte à chaussures, mais capables de réaliser des missions importantes comme l’observation de la Terre ou la transmission de données.
Pour atteindre cet objectif, les chercheurs s’intéressent notamment à un système appelé « rockoon », une combinaison entre un ballon stratosphérique et une fusée. Le principe consiste à faire monter une fusée à très haute altitude grâce à un ballon avant de procéder à son allumage. Cette approche permet de réduire certains coûts liés au lancement spatial traditionnel.
Le Programme Suborbital : une étape vers l’espace
Afin de développer progressivement les compétences et les technologies nécessaires, le centre a lancé un programme de recherche baptisé « Programme Suborbital ».

Dans le domaine spatial, un vol suborbital désigne un vol qui atteint une très haute altitude sans toutefois rester en orbite autour de la Terre. Ce type de programme constitue souvent une étape d’apprentissage importante avant le développement de technologies spatiales plus avancées.
Selon les responsables du projet, plusieurs travaux de recherche et essais expérimentaux ont déjà été réalisés. En septembre 2024, six tests de mini-fusées expérimentales auraient été menés à Goma. Les résultats obtenus lors des deux derniers essais auraient été particulièrement encourageants pour la poursuite du programme.
Ces expérimentations devaient préparer le lancement d’une première fusée expérimentale baptisée SUBORBITAL 1, initialement annoncé pour l’année 2025.

Un projet freiné par l’insécurité
Alors que les préparatifs progressaient, la détérioration de la situation sécuritaire dans la région a contraint les chercheurs à suspendre leurs activités.
Cette interruption a retardé plusieurs étapes du programme et limité la poursuite des expérimentations prévues. Malgré ces difficultés, l’équipe affirme sa volonté de relancer les recherches dès que les conditions le permettront.
Les initiateurs insistent également sur le caractère exclusivement scientifique, éducatif et technologique de leurs activités, qu’ils distinguent clairement des enjeux sécuritaires qui affectent la région.
Changer l’image de l’Est de la RDC
Au-delà de l’aspect technologique, le projet porte aussi un message symbolique. Ses promoteurs souhaitent montrer que l’Est de la RDC ne se résume pas aux conflits qui font régulièrement la une de l’actualité internationale.
Pour eux, cette région est également un espace où émergent des idées, des talents et des initiatives capables de contribuer au développement scientifique du continent.
À travers leur démarche, ils espèrent inspirer une nouvelle génération de jeunes Africains à s’intéresser aux sciences, à l’ingénierie et à l’innovation.
Un appel au soutien
Aujourd’hui, les responsables du Centre de Recherche Aérospatiale Nyota Cosmos lancent un appel aux autorités publiques, aux universités, aux entreprises, aux organisations de soutien à la recherche ainsi qu’aux partenaires nationaux et internationaux.





Leur objectif est d’obtenir un accompagnement technique, matériel et financier susceptible de permettre la poursuite de leurs travaux.
Même si le chemin reste long avant qu’un satellite conçu dans le cadre de cette initiative puisse atteindre l’espace, les chercheurs estiment que toute grande aventure scientifique commence par une vision, des expérimentations et une volonté de persévérer malgré les obstacles.
Pour eux, l’Afrique a elle aussi sa place dans l’histoire mondiale de l’exploration spatiale, et cette histoire pourrait commencer à s’écrire depuis le Nord-Kivu .
Contact : jeancymuhindo0@gmail.com , +243979468311

