La République démocratique du Congo pourrait bientôt accueillir une nouvelle infrastructure énergétique d’envergure. La société Longking Clean Energy a introduit auprès de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE) une demande de concession pour développer une centrale hydroélectrique sur la rivière Luvua, au site de Mwenge, dans le territoire de Pweto, au Haut-Katanga.
Le projet présente toutefois une incohérence dans les documents publiés par l’ARE. Le titre de l’avis évoque une capacité de 300 MW, tandis que le contenu du document parle plutôt de 220 MW. À ce stade, aucun détail n’a été communiqué sur le coût de l’investissement, les sources de financement, le calendrier des travaux, les lignes de transport de l’électricité ou encore les futurs bénéficiaires de cette production.
Il ne s’agit pas encore d’une concession attribuée. Comme l’exige la réglementation congolaise, l’ARE a ouvert une procédure de manifestation d’intérêt afin de permettre à d’autres opérateurs qualifiés de présenter un projet similaire avant qu’une décision définitive ne soit prise.
Même dans son hypothèse la plus basse, avec 220 MW, cette centrale ferait partie des plus importantes du pays. Pour mesurer son ampleur, il suffit de la comparer aux installations de la rivière Ruzizi, qui alimentent depuis des décennies l’Est de la RDC, le Rwanda et le Burundi. Les centrales de Ruzizi I et Ruzizi II totalisent environ 74 MW de puissance installée. Le futur barrage de Mwenge produirait donc près de trois fois plus d’électricité que ces deux centrales réunies, et avec 300 MW, il dépasserait quatre fois leur capacité actuelle.
Cette comparaison est encore plus parlante lorsqu’on regarde la situation de Goma. Aujourd’hui, la SNEL ne fournit à la ville qu’environ 4 MW en moyenne, avec des pointes d’environ 7 MW, alors que les besoins sont estimés entre 60 et 80 MW. Autrement dit, une centrale de 220 MW pourrait théoriquement alimenter plus de 30 villes ayant les besoins actuels de Goma, tandis qu’une centrale de 300 MW pourrait en couvrir plus de 40, si toute sa production leur était destinée. En pratique, l’électricité serait répartie entre plusieurs utilisateurs et transportée vers différents centres de consommation, mais cette comparaison illustre l’ampleur du projet.
Pour le Haut-Katanga, où se concentre une grande partie de l’industrie minière congolaise, une telle capacité pourrait représenter un véritable levier économique. Une alimentation électrique plus stable permettrait de soutenir les activités industrielles, d’attirer de nouveaux investissements, de réduire les coûts de production et, si une partie de l’énergie est injectée dans le réseau public, d’améliorer l’accès à l’électricité des ménages.
Toutefois, les bénéfices pour la population dépendront des choix qui seront faits. L’expérience de plusieurs projets énergétiques en RDC montre qu’une forte capacité de production ne garantit pas automatiquement une meilleure desserte des villes. Tout dépendra de la part de l’électricité réservée au réseau national, des infrastructures de transport qui seront construites et de la proportion destinée aux exploitations minières ou aux consommateurs locaux.
Longking Clean Energy est présentée comme une société liée au groupe chinois Zijin, déjà actif dans le secteur minier en RDC. L’entreprise développe également le projet hydroélectrique de Kalenge, dans le Haut-Lomami, une centrale de 140 MW dont l’essentiel de la production est destiné aux activités minières. Le projet de Mwenge sera donc particulièrement suivi, car il pourrait devenir l’une des plus importantes infrastructures énergétiques lancées en RDC ces dernières années, avec un impact potentiellement majeur sur le développement économique du pays si sa production profite également aux populations.
Assoya Izinga

