Depuis plusieurs mois, les habitants du groupement de Bamuguba-Sud, dans le territoire de Shabunda au Sud-Kivu, vivent dans un isolement numérique presque total. Les réseaux de télécommunications Airtel et Vodacom y sont devenus pratiquement inexistants, privant des milliers de personnes de tout moyen de communication moderne.
À l’origine de cette situation, plusieurs sources locales évoquent l’arrêt de l’approvisionnement en carburant destiné aux antennes relais installées dans cette région enclavée. Dans les localités d’Isezya-Évari et de Kigulube, le coût du carburant a atteint des niveaux particulièrement élevés : jusqu’à 15 000 francs congolais le litre, soit environ 300 000 francs congolais pour un bidon de 20 litres. Une charge financière que les opérateurs télécoms auraient cessé d’assumer.
Face à cette défaillance, la population locale affirme avoir tenté de maintenir elle-même les installations en fonctionnement. Des enseignants, des notables et plusieurs habitants se seraient mobilisés pour réunir des fonds afin d’acheter du carburant et permettre la continuité des services téléphoniques et financiers mobiles.
« Pendant un moment, ce sont les habitants qui faisaient fonctionner les antennes pendant que les opérateurs restaient absents », témoigne un résident de la région.
Dans cette partie du territoire de Shabunda, considérée parmi les plus peuplées de la zone, la frustration grandit. Les habitants dénoncent un abandon qu’ils jugent incompréhensible, d’autant plus qu’ils continuent à consommer les services des opérateurs à travers l’achat régulier d’unités de communication et de forfaits.
Cette coupure prolongée soulève également de nombreuses interrogations au sein de la population. Certains habitants peinent à comprendre pourquoi des zones voisines touchées par l’insécurité et les conflits armés continuent de bénéficier d’une couverture réseau relativement stable, alors que Bamuguba-Sud demeure totalement déconnecté.
En attendant un éventuel rétablissement des services, une partie de Bamuguba-Sud ainsi que le groupement voisin de Baliga dépendent désormais de connexions Wi-Fi privées. Mais ces solutions restent largement hors de portée pour une majorité d’habitants. Le coût d’un gigaoctet oscille entre 5 000 et 7 000 francs congolais, pour une durée d’utilisation souvent limitée à quelques heures seulement.
Pour Nzila Mutuza Akrobo, habitant de Kigulube, cette situation vient aggraver un quotidien déjà marqué par de nombreuses difficultés.
« La population subit déjà les conséquences de la guerre dans l’Est du pays, la flambée des prix des produits de première nécessité ainsi que la dégradation de la route Bukavu–Kigulube–Shabunda. L’absence de réseau ne fait qu’accentuer les souffrances des habitants », regrette-t-il.
Face à cette crise, plusieurs voix s’élèvent pour demander aux responsables d’Airtel et de Vodacom de reprendre rapidement l’approvisionnement des antennes afin de rétablir les communications. Les habitants appellent également les autorités congolaises à intervenir afin de trouver une solution durable à une situation qui pénalise fortement toute une population.
Danny Izinga

