Journaliste, réalisatrice et militante panafricaine, Maud-Salomé Ekila s’impose aujourd’hui comme l’une des figures intellectuelles les plus influentes de sa génération en République démocratique du Congo. À la croisée de l’information, de l’engagement et de la mémoire, elle incarne une vision du journalisme où raconter l’histoire revient à participer activement à sa transformation.
Un parcours transatlantique entre Afrique et Caraïbes
Née en Kinshasa, Maud-Salomé Ekila Bofunda construit très tôt un regard global sur les dynamiques du monde noir. Après des débuts remarqués dans plusieurs chaînes de télévision congolaises et des collaborations avec des médias internationaux, elle prend en 2012 une décision audacieuse : s’installer en Haïti.
À Port-au-Prince, elle dirige et rédige en chef Télé Haïti pendant deux ans. Cette immersion au cœur d’une nation marquée par l’histoire coloniale et les luttes pour la souveraineté nourrit profondément sa pensée. Elle y forge une lecture géopolitique fondée sur les liens historiques et contemporains entre l’Afrique et sa diaspora.
Douze années d’engagement aux côtés du Dr Denis Mukwege
De retour en RDC, elle rejoint le combat du Denis Mukwege, figure mondiale de la lutte contre les violences sexuelles en zones de conflit. Pendant plus d’une décennie, elle occupe des fonctions stratégiques au sein de l’écosystème Panzi : Chargée de communication, contribuant à porter la voix du prix Nobel sur la scène internationale ; Coordonnatrice de projets, impliquée dans la prise en charge holistique des survivantes ; Responsable hospitalière, notamment à la Clinique Panzi de Kinshasa .
Son engagement dépasse la communication : il s’inscrit dans une logique de reconstruction humaine, sociale et mémorielle dans un pays marqué par des décennies de conflits.
Une intellectuelle du panafricanisme moderne
Au-delà du terrain, Maud-Salomé Ekila s’impose comme une analyste influente des enjeux géopolitiques africains. Ancienne porte-parole internationale de Urgences Panafricanistes, elle s’inscrit dans une nouvelle génération de penseurs qui interrogent les mécanismes contemporains de domination.
À travers ses interventions médiatiques et ses productions sur des plateformes comme Afrique Résurrection, elle développe une lecture critique des crises africaines : exploitation des ressources, ingérences étrangères, mais aussi impacts psychologiques profonds liés à ce qu’elle décrit comme une mémoire traumatique transgénérationnelle.
Ses travaux dépassent le simple reportage pour devenir de véritables outils de conscientisation et de plaidoyer.
Kesho : transmettre pour reconstruire
Convaincue que l’avenir du Congo se joue aussi dans l’imaginaire des enfants, elle lance le projet Kesho (“demain” en swahili). Ce programme innovant se distingue comme le premier livre audio congolais adapté en dessins animés musicaux, notamment à travers les personnages de Maïko et Ban’a Mayi.
À travers cette initiative, Maud-Salomé Ekila propose une narration alternative, centrée sur la fierté, l’histoire et les valeurs africaines, avec l’ambition de former une génération consciente et enracinée.
Une diplomatie de la vérité
En 2026, Maud-Salomé Ekila poursuit son travail de production, de réalisation et d’analyse. Elle contribue activement à écrire une histoire du Congo racontée par les Congolais eux-mêmes.
Sa démarche repose sur une conviction forte :
« Informer n’est pas un métier neutre, c’est un acte de résistance. »
Au-delà des médias, elle intervient également comme consultante sur les questions de justice transitionnelle, mettant son expertise au service de la recherche de mécanismes de réparation pour les populations affectées par les conflits à l’Est de la RDC.
Par son parcours, son engagement et sa vision, Maud-Salomé Ekila s’impose comme une actrice majeure du soft power intellectuel congolais. Elle ne se contente pas de documenter les crises : elle participe à la construction d’un récit souverain et à l’émergence d’une conscience collective tournée vers l’autodétermination.
Daniel Izinga

