Beni, Nord-Kivu – L’affaire suscite indignation et incompréhension dans le secteur de la santé en République démocratique du Congo. Trois médecins congolais, affectés au Centre Hospitalier Bisengimana de Goma, sont détenus depuis plus de onze mois à la prison centrale de Kangbayi, à Beni, après avoir été condamnés à dix ans de prison.
Il s’agit du Dr Oshigire Danny, du Dr Munguakonkwa Daniel et du Dr Katembo Guylain. Leur situation, jugée préoccupante, attire l’attention sur les conditions de détention et sur les principes fondamentaux de la médecine en période de conflit.
Une condamnation liée à leur exercice médical
Selon les informations disponibles, ces médecins sont poursuivis pour avoir prodigué des soins à des blessés, notamment des militaires, dans un contexte marqué par la prise de la ville de Goma par l’AFC/M23 .
Un acte qui, pour de nombreux observateurs, relève pourtant du devoir médical.
Leur condamnation soulève ainsi une question centrale : un médecin peut-il être sanctionné pour avoir soigné des patients, indépendamment de leur statut ?
Des conditions de détention préoccupantes
Actuellement incarcérés à la prison centrale de Kangbayi, à Beni, les trois praticiens vivraient dans des conditions difficiles, avec un état de santé qui se détériore progressivement.
Des sources proches du dossier évoquent la nécessité urgente d’une prise en charge médicale adaptée dans une structure hospitalière, compte tenu de leur état physique.
Ce que dit le droit international humanitaire
Les règles établies par les Conventions de Genève sont explicites : les blessés doivent être soignés sans discrimination, et le personnel médical doit être protégé en toutes circonstances, y compris en période de conflit armé.
Ces textes, reconnus à l’échelle internationale, définissent la neutralité des soignants et leur rôle exclusivement humanitaire. Ils stipulent que les médecins ne peuvent être punis pour avoir exercé leur mission.
Le serment médical en question
Au-delà du cadre juridique, la profession médicale repose sur des principes éthiques universels, hérités notamment du Serment d’Hippocrate.
Ce serment engage tout médecin à soigner sans discrimination, à protéger la vie et à soulager la souffrance, quelles que soient les circonstances.
Dans les contextes de guerre, cette obligation devient encore plus cruciale : refuser de soigner un blessé irait à l’encontre de l’éthique médicale.
Une affaire qui interpelle au-delà de Beni
Au Nord-Kivu, cette affaire dépasse le cadre judiciaire. Elle pose une question fondamentale pour l’ensemble du système de santé : quelles garanties pour les professionnels qui interviennent dans des zones de conflit ?
Pour plusieurs acteurs du secteur, une telle situation pourrait créer un climat de peur, dissuadant les médecins d’exercer pleinement leur mission dans des contextes d’urgence.
Appels à une réponse urgente
Face à la dégradation de leur état de santé, des voix s’élèvent pour demander soit leur libération, soit leur transfert vers une structure médicale adaptée.
Au-delà de ces demandes, c’est la protection des personnels de santé qui est au cœur du débat, dans une région déjà fragilisée par des années de crise sécuritaire.
Un enjeu pour la justice et l’humanité
L’affaire des trois médecins incarcéré à Beni met en lumière un dilemme profond entre justice, sécurité et devoir humanitaire.
Dans un contexte de conflit, où les lignes sont souvent brouillées, une question demeure : protéger ceux qui sauvent des vies est-il encore une priorité ?
Daniel Izinga

