Depuis plus de trente ans, le galeriste belgo-congolais Didier Claes mène un combat de fond : extraire les masques et statues d’Afrique centrale des vitrines de l’ethnographie pour les porter au rang de chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art universel. Portrait d’un expert qui murmure à l’oreille des plus grands collectionneurs de la planète.
L’héritage d’un chercheur d’or culturel
Didier Claes n’est pas devenu expert par hasard. Son parcours est une odyssée qui prend racine en République démocratique du Congo. Dès son plus jeune âge, il accompagne son père, collectionneur passionné, dans les villages reculés du pays pour chasser les pièces rares. C’est sur le terrain, au contact des cultures locales, qu’il éduque son regard et apprend à distinguer l’exceptionnel de l’ordinaire.
Arrivé en Belgique, il choisit de transformer cette passion en une discipline rigoureuse. En 2002, il ouvre sa première galerie à Bruxelles, dans le prestigieux quartier du Sablon. Son crédo est clair : l’art classique africain mérite la même exigence de sélection que l’art moderne ou les maîtres anciens.
Le conquérant des foires internationales
Très vite, Didier Claes bouscule les codes. Il devient le premier galeriste d’origine africaine à s’imposer durablement dans les foires les plus sélectives du monde. Sa présence pendant douze ans à la TEFAF de Maastricht, véritable temple de l’expertise mondiale, est une consécration. De New York à Paris, il présente des pièces dont la provenance et la qualité esthétique sont irréprochables.
En 2014, cette ascension fulgurante est saluée par le magazine britannique Apollo, qui le classe parmi les quarante personnalités de moins de 40 ans les plus influentes du monde de l’art.
« Voir l’invisible » : Une mission de transmission
Au-delà du commerce, Didier Claes est un bâtisseur de ponts culturels. Il refuse que l’art congolais reste une curiosité lointaine. À travers ses ouvrages, notamment « Empreintes d’Afrique », et ses expositions comme « Arts d’Afrique. Voir l’invisible » au Musée d’Aquitaine de Bordeaux, il éduque le public.
Son travail de commissaire d’exposition est aujourd’hui son terrain d’expression privilégié. Il prépare actuellement un événement majeur prévu pour septembre 2026, en partenariat avec la Ville de Bruxelles et le Centre Culturel Congolais. Cette exposition s’annonce comme un jalon historique dans la valorisation du patrimoine congolais en Europe.
Un diplomate de l’ombre
Ancien vice-président de la BRAFA (Brussels Art Fair) entre 2012 et 2025, membre de la Chambre Royale des Antiquaires de Belgique, Didier Claes exerce une diplomatie culturelle silencieuse. Il conseille les institutions et les fondations privées, veillant à ce que les œuvres issues du sol congolais soient traitées avec le respect dû aux maîtres.
« L’art africain n’est pas un art « premier », c’est un art majeur qui a influencé les plus grands, de Picasso à Modigliani. »
Alors qu’il a étendu son influence à Paris depuis 2020, Didier Claes demeure ce trait d’union indispensable entre les deux rives du fleuve Congo et les musées occidentaux. Par la rigueur de ses expertises et la beauté des pièces qu’il défend, il a réussi son pari : inscrire l’art de ses ancêtres dans la conversation esthétique éternelle.

