Le poste de transformation haute tension/moyenne tension de la SNEL à Mugunga était au centre d’une visite technique effectuée vendredi 7 août par une délégation conduite par le coordonnateur politique de l’AFC/M23 Corneille Nangaa. L’objectif annoncé était d’évaluer les conditions d’amélioration de la desserte électrique dans la ville de Goma et ses environs. Au-delà de toute considération politique, cette visite remet surtout en lumière l’importance d’une infrastructure électrique dont les capacités donnent une idée de l’ampleur des enjeux énergétiques auxquels la ville est confrontée.
Le poste de Mugunga est annoncé avec une capacité de transformation de 93,8 MVA, soit 93,8 mégavoltampères. Pour le grand public, ce chiffre peut sembler abstrait. Pourtant, il correspond à une infrastructure électrique de très grande capacité. Un poste HT/MT joue le rôle d’une véritable porte d’entrée entre le réseau de transport à haute tension et le réseau de distribution à moyenne tension. L’électricité arrive à une tension élevée, adaptée au transport sur de longues distances, puis est transformée afin de pouvoir être acheminée vers les différents secteurs du réseau de distribution.
Autrement dit, avant que l’électricité ne parvienne dans une maison, un commerce, un atelier ou une usine, elle doit franchir plusieurs étapes. Le poste de Mugunga constitue précisément l’un des maillons permettant de faire passer l’énergie du réseau de transport vers les réseaux qui desservent les consommateurs.
La capacité de 93,8 MVA permet surtout de mesurer le potentiel de puissance apparente que l’installation peut transformer. Il ne faut toutefois pas confondre mécaniquement 93,8 MVA avec 93,8 MW : le MVA exprime la puissance apparente, tandis que le MW correspond à la puissance active réellement consommée. La puissance effectivement disponible dépend notamment du facteur de puissance, de la puissance disponible en amont, de l’état des transformateurs et de la capacité des lignes qui transportent ensuite l’électricité vers les quartiers.
Les ordres de grandeur communément avancés autour d’un équipement de cette classe évoquent plusieurs dizaines de milliers de foyers, auxquels peuvent s’ajouter des milliers d’activités commerciales, artisanales et industrielles. Certaines estimations situent le potentiel autour de 50 000 à 70 000 foyers, sans compter les entreprises et autres consommateurs importants. Il s’agit cependant d’un ordre de grandeur et non d’un nombre garanti d’abonnés : le nombre réel de ménages alimentables dépend de leur consommation moyenne, de la répartition de la charge et surtout des capacités du réseau de distribution.
Pour comprendre l’importance d’un tel équipement, il suffit d’imaginer la différence entre alimenter quelques quartiers et disposer d’un poste capable de soutenir une demande correspondant à une importante agglomération. Une capacité de près de 100 MVA représente un niveau suffisamment élevé pour jouer un rôle majeur dans l’alimentation d’une ville comme Goma et, dans le cadre d’un réseau interconnecté, contribuer à l’alimentation de plusieurs zones de la région. Les documents consacrés au projet de Mugunga évoquent d’ailleurs une ambition plus large, incluant l’amélioration de la desserte à Goma, dans d’autres villes du Nord-Kivu et l’interconnexion régionale.
L’histoire récente de cet équipement montre également l’importance qui lui est accordée. En août 2025, Goma avait accueilli un transformateur de puissance annoncé à environ 110 tonnes, destiné au poste haute tension de Mugunga. Son acheminement avait constitué une opération logistique exceptionnelle, l’équipement ayant notamment transité par Mombasa avant d’atteindre la capitale du Nord-Kivu. Les informations publiées à l’époque indiquaient que ce matériel devait renforcer la capacité de distribution de la SNEL et améliorer la fourniture d’électricité aux ménages, entreprises et services publics.
L’arrivée de ce transformateur n’est toutefois pas une fin en soi. Dans un système électrique, disposer d’un puissant transformateur ne suffit pas pour garantir automatiquement une alimentation permanente. Encore faut-il que l’énergie soit disponible en amont, que les lignes haute tension puissent transporter cette énergie, que les départs moyenne tension aient une capacité suffisante et que les réseaux de distribution jusqu’aux quartiers puissent absorber la puissance supplémentaire.
C’est précisément là que se situe l’un des principaux enjeux techniques pour Goma. Une infrastructure de 93,8 MVA peut disposer d’une importante capacité de transformation, mais cette capacité doit être accompagnée par des réseaux de transport et de distribution suffisamment robustes. Sans cela, une partie du potentiel de l’installation resterait inutilisée ou pourrait être limitée par les contraintes d’autres équipements.
À l’inverse, lorsque tous les maillons fonctionnent correctement, un tel poste peut contribuer à réduire la pression sur certaines installations existantes, améliorer la répartition de la charge et permettre d’alimenter davantage de consommateurs. Pour les ménages, cela peut signifier une alimentation plus régulière ; pour les commerces, une diminution du recours aux groupes électrogènes ; et pour les unités industrielles, une meilleure disponibilité d’une énergie indispensable à la production.
L’enjeu dépasse donc largement l’éclairage domestique. Une capacité électrique importante constitue également une infrastructure de développement. Les ateliers de fabrication, chambres froides, moulins, unités de transformation agroalimentaire, hôtels, établissements de santé, écoles, entreprises numériques et autres activités économiques dépendent tous, à des degrés différents, de la disponibilité d’une électricité stable.
La comparaison avec des villes comme Beni ou Bukavu permet de donner une idée de l’ordre de grandeur, mais elle doit être comprise avec prudence : la puissance d’un transformateur ne suffit pas, à elle seule, à déterminer la capacité électrique d’une ville. Celle-ci dépend de l’ensemble du système de production, de transport et de distribution. Le projet de Mugunga a néanmoins été présenté par les responsables techniques comme une infrastructure susceptible de bénéficier à Goma, au Nord-Kivu et, plus largement, à l’interconnexion électrique régionale.
Autre élément à retenir : un transformateur de puissance correctement exploité et entretenu est conçu pour fonctionner pendant plusieurs décennies. Une durée de service de l’ordre de 30 à 40 ans peut être envisageable selon le type d’équipement, les conditions d’exploitation, la qualité de la maintenance et le respect des paramètres techniques. Cela signifie qu’un investissement réalisé aujourd’hui dans une infrastructure de cette nature peut produire ses effets bien au-delà d’une génération.
C’est finalement ce qui donne au poste de Mugunga une dimension particulière : derrière les chiffres de 93,8 MVA et les dizaines de tonnes de matériel se trouve une infrastructure appelée à accompagner l’évolution énergétique de Goma pendant de nombreuses années. Si l’énergie disponible, les lignes, les postes secondaires et les réseaux de distribution sont développés au même rythme, une capacité de cette ampleur peut devenir un véritable levier pour l’économie locale.
L’enjeu de la visite du 7 août est donc essentiellement technique : comprendre comment exploiter au mieux cette capacité, identifier les éventuelles contraintes du réseau et déterminer les améliorations nécessaires pour que l’électricité transformée à Mugunga puisse effectivement parvenir aux consommateurs.
Car, dans le fond, la question n’est pas seulement de savoir si Goma dispose désormais d’un équipement capable de transformer 93,8 MVA. La véritable question est de savoir comment transformer cette capacité technique en électricité réellement disponible, stable et accessible, pour les familles comme pour les entreprises.
Et si cette infrastructure est convenablement entretenue et accompagnée par un réseau de distribution à la hauteur de ses capacités, ce qui est installé aujourd’hui à Mugunga pourrait continuer à servir Goma pendant plusieurs décennies — y compris pour les générations qui grandissent actuellement et celles qui ne sont pas encore nées.
Izinga Daniel

