Dans les vastes plaines d’Ishasha, au sud du Parc national des Virunga, une lionne règne sur son territoire. Son nom est Masika, la femelle dominante de sa troupe, et elle incarne l’un des plus grands espoirs pour la survie des lions dans l’est de la République démocratique du Congo.
Ici, la nature raconte une histoire rare. La population de lions d’Ishasha ne compte qu’environ 40 à 45 individus, faisant de cette troupe l’une des dernières populations viables de lions dans cette partie du continent africain. Chaque naissance, chaque déplacement et chaque survie de lionceau deviennent des informations précieuses pour les équipes qui consacrent leur vie à leur protection.
Autour du cou de Masika se trouve un collier GPS, véritable allié de la conservation moderne. Grâce à cette technologie, les écogardes suivent les déplacements de la troupe, localisent les tanières et surveillent l’évolution des jeunes lions. Le système permet également d’alerter les gardes lorsque les animaux s’approchent des limites du parc, réduisant ainsi les risques de conflit avec les activités humaines.
Derrière cette surveillance se cache un travail patient et souvent invisible. Les gardes forestiers parcourent les savanes, les forêts et les zones frontalières pour protéger un équilibre fragile entre l’homme et la faune sauvage. Les données recueillies par le collier de Masika orientent leurs patrouilles et renforcent une stratégie de conservation menée en collaboration avec les autorités ougandaises dans le paysage reliant les parcs nationaux Queen Elizabeth et Virunga.
Contrairement à l’image d’une nature livrée à elle-même, la survie des lions dépend aujourd’hui d’une cohabitation intelligente entre l’homme et la vie sauvage. Les écogardes ne domestiquent pas les lions ; ils veillent à ce qu’ils puissent continuer à vivre librement dans leur habitat naturel. Leur mission est de protéger les troupeaux sauvages, sécuriser les territoires de chasse et préserver les conditions nécessaires à la reproduction des lions.
Le Parc national des Virunga, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, demeure l’un des sanctuaires naturels les plus extraordinaires d’Afrique. Entre volcans, forêts tropicales, gorilles de montagne et savanes d’Ishasha, il rappelle que l’est de la RDC abrite une biodiversité d’une richesse exceptionnelle.
Les images de Masika, immortalisées par le photographe Brent Stirton, ne montrent pas seulement une lionne. Elles racontent le combat quotidien d’hommes et de femmes qui, dans un contexte souvent difficile, refusent de laisser disparaître l’un des symboles les plus majestueux de la faune congolaise.



À Ishasha, chaque rugissement est un rappel : protéger les lions, c’est aussi protéger l’âme sauvage de la République démocratique du Congo.
Daniel Izinga

