La République démocratique du Congo mise sur son plus grand atout naturel pour accélérer sa transformation numérique. Le gouvernement congolais a signé un protocole d’accord avec l’entreprise chinoise Genew Technologies en vue de déployer un vaste réseau national de fibre optique estimé à 1,5 milliard de dollars, un investissement qui pourrait redessiner durablement la carte des télécommunications dans le deuxième plus vaste pays d’Afrique.
L’accord, conclu entre le ministère des Postes, Télécommunications et Affaires numériques et le groupe chinois, prévoit la construction d’un réseau de près de 2 100 kilomètres. Le cœur du projet repose sur 1 700 kilomètres de fibre optique qui suivront le cours du fleuve Congo, de Muanda, sur la côte atlantique, jusqu’à Kisangani, auxquels s’ajouteront environ 400 kilomètres de liaisons terrestres destinées à raccorder plusieurs zones stratégiques.
Au-delà de son ampleur financière, ce projet innove par son approche logistique. Plutôt que de dépendre exclusivement du réseau routier, souvent dégradé ou difficilement praticable, les autorités ont choisi d’utiliser le fleuve Congo et ses affluents comme principal corridor de déploiement. Cette stratégie devrait réduire les contraintes liées au transport du matériel, contourner certains défis sécuritaires et accélérer l’installation des infrastructures dans un pays où les longues distances constituent depuis toujours un frein au développement des réseaux de télécommunications.
Le directeur général de Genew Technologies, Wu Minhua, a indiqué que le coût global de l’infrastructure atteindra environ 1,5 milliard de dollars, tandis que plus de 400 millions de dollars seront consacrés à la première phase des travaux. Celle-ci devrait permettre de lancer les principaux tronçons du réseau avant une extension progressive vers d’autres régions.
Pour la République démocratique du Congo, l’enjeu dépasse largement la seule amélioration de la connectivité. En dotant le pays d’une dorsale nationale de fibre optique, le gouvernement espère renforcer l’accès à Internet haut débit, soutenir la numérisation des administrations publiques, favoriser l’essor du commerce électronique, améliorer les services financiers numériques et créer un environnement plus attractif pour les investissements dans les secteurs des technologies de l’information et de l’innovation.
Le projet intervient dans un contexte où la demande en connectivité explose sur le continent africain. L’essor des services numériques, du cloud computing, de l’intelligence artificielle, de l’éducation en ligne et des paiements électroniques pousse les États et les opérateurs de télécommunications à accélérer le déploiement des réseaux à très haut débit.
Au cours des derniers mois, plusieurs initiatives d’envergure ont été annoncées. L’opérateur Seacom a notamment inauguré une nouvelle liaison terrestre en fibre optique reliant Nairobi à Kampala, renforçant l’un des corridors numériques les plus stratégiques d’Afrique de l’Est. En Afrique australe, Telecom Namibia a engagé un partenariat pour accélérer le déploiement de nouvelles infrastructures, tandis que la Banque africaine de développement a approuvé un financement de 200 millions de dollars destiné à soutenir l’expansion du haut débit au Nigeria. D’autres projets transfrontaliers ont également vu le jour entre le Mozambique, la Zambie, l’Éthiopie, Djibouti et le Soudan, illustrant une compétition grandissante autour des infrastructures numériques africaines.
Pour la RDC, ce protocole d’accord constitue une étape décisive, même si le lancement effectif des travaux dépendra de la finalisation des accords techniques et financiers. Si le calendrier annoncé est respecté, le pays pourrait disposer, dans les prochaines années, de l’une des plus importantes dorsales de fibre optique d’Afrique centrale, un levier stratégique pour réduire la fracture numérique et accompagner la diversification de son économie.
À travers ce mégaprojet, Kinshasa affiche une ambition claire : faire du fleuve Congo, longtemps considéré comme une artère commerciale et énergétique, la colonne vertébrale de la future économie numérique congolaise.
Assoya Izinga

