Dans un contexte marqué par des défis économiques persistants et une insécurité alimentaire chronique en République démocratique du Congo, une nouvelle génération d’entrepreneurs choisit de miser sur la terre. Parmi eux, Omwinja Manassé, fondateur de l’entreprise agricole Kivu Labour, s’impose progressivement comme l’une des figures montantes de l’agro-entrepreneuriat congolais.
Originaire de l’Est du pays et profondément marqué par les conséquences de la guerre au Nord-Kivu, Manassé Omwinja s’est orienté vers l’agriculture avec une vision claire : contribuer à nourrir les populations locales tout en créant des opportunités économiques durables. À travers Kivu Labour, il développe une approche à la fois productive et sociale, mobilisant chaque jour une main-d’œuvre composée en grande partie de personnes déplacées, qu’il accompagne vers une forme d’autonomisation.
Son parcours entrepreneurial s’est construit progressivement, en commençant par des cultures vivrières essentielles dans la région de Goma. Pommes de terre, tomates, choux ou encore piments : autant de produits qui lui ont permis de se faire une place sur les marchés locaux, notamment à Birere, Virunga et Alanine. Ses tomates, par exemple, ont rapidement été reconnues pour leur qualité, rivalisant avec celles importées de Tanzanie tout en restant plus accessibles en prix.


Mais c’est aujourd’hui dans l’ouest du pays que l’entrepreneur attire une attention particulière. Avec une production de pastèques dans la province du Kongo-Central, Omwinja Manassé franchit une nouvelle étape dans son développement. Les premières récoltes, issues de plantations lancées en début d’année, ont déjà commencé à approvisionner plusieurs marchés de Kinshasa, notamment celui de Zigida.
Cette percée sur le marché de la capitale revêt une importance stratégique. Pendant longtemps, les pastèques vendues à Kinshasa provenaient en grande partie de pays voisins comme l’Angola ou le Congo-Brazzaville. L’arrivée de fruits cultivés localement change progressivement la donne, en réduisant la dépendance aux importations et en valorisant le potentiel agricole national. Sur les étals, la qualité des pastèques de Kivu Labour — reconnues pour leur chair rouge et leur goût sucré — séduit déjà de nombreux consommateurs.
Au-delà de la performance commerciale, cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large : celle de la souveraineté alimentaire. Avec près de 80 millions d’hectares de terres arables, dont une infime partie seulement est exploitée, la République démocratique du Congo dispose d’un potentiel agricole immense. Des entrepreneurs comme Omwinja Manassé démontrent, à leur échelle, que ce potentiel peut être transformé en richesse réelle.






Son modèle repose sur une conviction simple mais ambitieuse : produire localement, employer localement et nourrir durablement. En reliant les zones de production rurales aux grands centres urbains comme Kinshasa et Goma, il contribue à structurer une chaîne de valeur encore fragile, mais essentielle pour l’avenir économique du pays.
À travers son expansion vers le Kongo-Central et le succès croissant de ses pastèques, Omwinja Manassé confirme son positionnement comme un acteur engagé de la transformation agricole congolaise. Son parcours illustre une réalité en pleine émergence : celle d’une jeunesse qui, face aux crises, choisit d’investir dans la terre pour bâtir des solutions durables.

