Airtel Money s’apprête à franchir une nouvelle étape majeure : le service de paiement mobile d’Airtel va faire son entrée à la Bourse de Londres avec une valorisation d’environ 7 milliards de dollars. Pour les Congolais qui utilisent quotidiennement Airtel Money pour envoyer, recevoir ou retirer de l’argent, cette opération peut sembler lointaine. Pourtant, la RDC occupe une place importante dans le développement de cette activité.
Le 1er octobre 2026, Airtel Mobile Commerce N.V., l’entité qui exploite Airtel Money dans plusieurs pays africains, a publié son prospectus pour son introduction en Bourse à Londres. Le prix de l’action a été fixé à 1,96 livre sterling, ce qui valorise l’ensemble de l’entreprise à environ 5,3 milliards de livres, soit près de 7 milliards de dollars.
La cotation est prévue pour le 14 octobre 2026, sous réserve de la finalisation du processus.
Mais que signifie concrètement cette opération ?
Airtel Money, ce n’est plus seulement envoyer de l’argent
Pour beaucoup de Congolais, Airtel Money est d’abord un service que l’on utilise pour transférer de l’argent à un proche, acheter des unités, payer une facture ou retirer des espèces chez un agent.
À l’échelle africaine, l’activité est devenue beaucoup plus importante.
Airtel Money permet aujourd’hui notamment de faire des transferts entre particuliers, des paiements chez des commerçants, des paiements de factures, des recharges, mais aussi d’accéder à différents services financiers comme l’épargne, l’assurance, les prêts et les transferts internationaux selon les marchés.
En République démocratique du Congo, les conditions d’utilisation d’Airtel Money prévoient notamment l’envoi et la réception d’argent, les dépôts et retraits auprès des agents, ainsi que l’achat de crédit Airtel. Le service est exploité dans le pays par Airtel Money RDC S.A.
Autrement dit, derrière le simple téléphone que le client congolais utilise pour envoyer 5, 20 ou 100 dollars, se trouve désormais une activité financière africaine évaluée à plusieurs milliards de dollars.
Des chiffres qui montrent la taille du phénomène
Au 31 mars 2026, Airtel Money comptait 54,1 millions de clients actifs à travers ses différents marchés africains, contre 44,6 millions un an auparavant, soit une progression de 21,3 %.
Sur l’exercice 2025-2026, les transactions effectuées à travers la plateforme ont représenté environ 196 milliards de dollars de valeur traitée.
Attention : cela ne signifie pas qu’Airtel Money a gagné 196 milliards de dollars. Il s’agit de la valeur totale des transactions qui ont circulé à travers la plateforme.
Le chiffre d’affaires de l’activité mobile money s’est, lui, établi à 1,355 milliard de dollars, tandis que son bénéfice opérationnel avant certains éléments comptables et financiers, mesuré par l’EBITDA sous-jacent, atteignait 689 millions de dollars.
Ces chiffres permettent de comprendre pourquoi Airtel Money est aujourd’hui considéré comme une véritable activité fintech, et non plus comme un simple service complémentaire de téléphonie.
Et la RDC dans tout cela ?
La République démocratique du Congo constitue l’un des marchés importants d’Airtel Africa.
Airtel y comptait 18,8 millions de clients au total selon ses données publiées pour l’exercice 2025, dont 5,6 millions de clients dans les zones rurales ou éloignées.
Il faut cependant faire une distinction importante : les 18,8 millions correspondent aux clients globaux d’Airtel en RDC et non au nombre de clients Airtel Money.
Airtel Africa ne publie pas, dans les données citées ici, un chiffre séparé et récent permettant d’affirmer que X millions de Congolais utilisent activement Airtel Money. Il serait donc trompeur de présenter les 18,8 millions comme le nombre d’utilisateurs Airtel Money en RDC.
Ce que l’on peut dire avec certitude, c’est que la RDC fait partie des 13 marchés africains où Airtel Money est présent, aux côtés notamment du Kenya, de la Tanzanie, de l’Ouganda, de la Zambie, du Rwanda, du Malawi, du Gabon, du Tchad, du Niger et de la République du Congo.
La RDC est donc directement intégrée dans cette plateforme financière africaine qui sera bientôt cotée à Londres.
Qui possède Airtel Money ?
C’est probablement le point le plus important à comprendre.
Airtel Money n’est pas une entreprise entièrement séparée d’Airtel.
L’entité Airtel Money est actuellement contrôlée majoritairement par Airtel Africa, qui détient 77,85 % de son capital.
Airtel Africa est elle-même majoritairement contrôlée par le groupe indien Bharti Airtel.
On peut donc simplifier la structure ainsi :
Bharti Airtel → Airtel Africa → Airtel Money → activités de mobile money, dont la RDC
Airtel Africa restera par ailleurs un actionnaire stratégique important d’Airtel Money après son introduction en Bourse.
Cela signifie que lorsque l’on parle de la cotation d’Airtel Money, on parle d’une nouvelle société cotée qui reste étroitement liée au groupe Airtel.
Pourquoi Airtel Money entre-t-il en Bourse ?
L’opération prévue à Londres est particulière : Airtel Money ne cherche pas principalement à obtenir de nouveaux fonds pour son activité grâce à cette IPO.
Il s’agit essentiellement d’une vente d’actions déjà existantes détenues par certains actionnaires.
Autrement dit, une partie des propriétaires actuels vendent une partie de leurs actions à de nouveaux investisseurs. L’argent provenant de ces ventes revient donc aux actionnaires vendeurs et non directement dans les caisses d’Airtel Money comme dans une augmentation de capital classique.
Cette opération permettra également d’accroître la part des actions accessibles au public et de satisfaire aux règles de cotation de Londres.
La Banque mondiale entre dans le jeu
L’un des éléments les plus remarquables de cette opération est la participation de la Société financière internationale (SFI/IFC), membre du Groupe de la Banque mondiale.
La SFI s’est engagée à investir jusqu’à 90 millions de dollars dans Airtel Money comme investisseur de référence de l’introduction en Bourse. Elle achètera des actions existantes dans le cadre de l’offre.
Pourquoi est-ce important ?
Parce que l’arrivée d’un investisseur institutionnel de cette taille donne une dimension supplémentaire à l’opération. La SFI présente elle-même son investissement comme lié aux enjeux d’inclusion financière, notamment dans les marchés où une partie importante de la population reste éloignée des services financiers traditionnels.
Et la RDC figure précisément parmi les marchés identifiés par la SFI comme confrontés à de fortes difficultés d’accès aux services financiers formels.
Une activité qui rapporte déjà beaucoup
Airtel Money n’arrive donc pas à Londres comme une jeune entreprise qui cherche encore son modèle économique.
L’activité a généré 1,355 milliard de dollars de revenus durant l’exercice clos en mars 2026, en hausse de 36,3 % en valeur publiée par rapport à l’exercice précédent. Son résultat opérationnel atteignait 645 millions de dollars.
Les services de portefeuille électronique représentaient environ 648 millions de dollars de revenus, tandis que les paiements et transferts représentaient environ 573 millions de dollars. Les services financiers — notamment certains produits de crédit, d’épargne ou d’assurance — représentaient environ 61 millions de dollars.
Ces données montrent surtout l’évolution du modèle : Airtel Money gagne de l’argent non seulement grâce aux retraits et dépôts, mais de plus en plus grâce à tout un écosystème de paiements et de services financiers.
Ce que cela peut changer pour les Congolais
Pour l’utilisateur congolais ordinaire, la cotation à Londres ne signifie pas qu’Airtel Money va automatiquement changer ses tarifs ou que le client congolais va recevoir une part de l’argent de l’introduction en Bourse.
Il s’agit avant tout d’une opération financière concernant la propriété et la valorisation de l’entreprise.
Mais elle peut avoir des conséquences indirectes.
Avec une valorisation de près de 7 milliards de dollars, Airtel Money entre dans une nouvelle catégorie d’entreprises africaines capables d’attirer des investisseurs internationaux.
Cette visibilité peut accompagner le développement de nouveaux produits : paiements marchands, transferts internationaux, services financiers numériques, solutions destinées aux petites entreprises et davantage de services accessibles directement depuis un téléphone.
Pour la RDC, l’enjeu est particulièrement important dans un pays où l’accès aux services bancaires classiques reste limité dans de nombreuses zones et où le téléphone mobile joue un rôle croissant dans l’accès aux services financiers.
De l’argent liquide au portefeuille numérique
L’histoire d’Airtel Money illustre finalement une transformation plus large de l’économie congolaise et africaine.
Hier, envoyer de l’argent signifiait souvent chercher un établissement financier, remplir des documents et attendre.
Aujourd’hui, un téléphone peut servir de portefeuille : on reçoit de l’argent, on paie un commerçant, on achète des services, on retire des espèces auprès d’un agent ou on transfère des fonds à un proche.
C’est précisément cette transformation que les investisseurs internationaux cherchent désormais à valoriser.
Avec 54,1 millions de clients actifs, près de 196 milliards de dollars de valeur de transactions traitées sur un an et plus d’un milliard de dollars de revenus annuels, Airtel Money est devenu une activité financière de dimension africaine.
Et le 14 octobre 2026, si le calendrier est maintenu, cette activité aura désormais une valeur affichée publiquement à la Bourse de Londres.
Pour les Congolais, le message essentiel est donc simple : le même Airtel Money utilisé chaque jour pour envoyer de l’argent à Goma, Kinshasa, Lubumbashi ou dans les territoires ruraux fait partie d’une activité africaine qui pèse désormais plusieurs milliards de dollars sur les marchés financiers internationaux.
La question n’est plus seulement de savoir combien d’argent circule sur Airtel Money. Elle est désormais de savoir jusqu’où cette transformation du téléphone en outil financier peut aller en RDC et dans le reste de l’Afrique.
Assoya Izinga

