La Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) ne renonce pas à son ambition de lancer une monnaie unique en 2031. Réunis le 24 juillet à Kampala, les gouverneurs des banques centrales ont réaffirmé leur engagement en faveur de ce projet, qui devrait faciliter le commerce entre les huit pays membres, réduire les coûts de change et renforcer l’intégration économique régionale.
Mais sur le terrain, la réalité est bien différente. À cinq ans de l’échéance, aucun des États membres – Burundi, RDC, Kenya, Rwanda, Somalie, Soudan du Sud, Tanzanie et Ouganda – ne respecte simultanément les principaux critères économiques exigés pour partager une même monnaie. Inflation, déficit budgétaire, dette publique et réserves de change demeurent des défis majeurs dans toute la région.
Les obstacles ne sont pas seulement économiques. Les institutions chargées de préparer cette union monétaire accusent elles aussi un important retard. L’East African Monetary Institute, appelé à jeter les bases de la future Banque centrale régionale, n’a toujours pas commencé à fonctionner, les États membres n’étant pas parvenus à s’entendre sur le pays qui accueillera son siège.
Du côté de la République démocratique du Congo, un autre élément attire l’attention. Le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso, n’a pas pris part à la dernière réunion du Comité des affaires monétaires de l’EAC. Depuis l’adhésion de la RDC à la communauté en 2022, la Banque centrale congolaise s’est déjà fait remarquer par plusieurs absences lors de ces rencontres stratégiques.
Le maintien de l’objectif de 2031 traduit une volonté politique de poursuivre l’intégration économique de l’Afrique de l’Est. Toutefois, tant que les économies des États membres resteront aussi éloignées des critères de convergence et que les blocages institutionnels persisteront, la monnaie unique restera davantage une promesse qu’une réalité.
Pour les populations et les entreprises, cette future devise pourrait pourtant transformer les échanges commerciaux dans la région, notamment dans les villes frontalières comme Goma, où les transactions impliquent quotidiennement plusieurs monnaies. Mais avant d’en arriver là, les États devront démontrer qu’ils sont capables d’harmoniser leurs politiques économiques et de faire avancer, ensemble, un projet aussi ambitieux que stratégique.
Assoya Izinga

