Il arrive un moment dans une Coupe du monde où les calculs cessent d’être une stratégie pour devenir une contrainte. Pour la République démocratique du Congo, ce moment est arrivé. Ce samedi, face à l’Ouzbékistan, les Léopards disputent bien plus qu’un troisième match de groupe : ils jouent leur survie dans le tournoi. Une victoire n’est plus une option, mais une obligation.
Le scénario est limpide. Après un nul de prestige contre le Portugal (1-1) lors de la première journée et une courte défaite (0-1) face à la Colombie, la RDC ne compte qu’un seul point avant cette dernière journée du groupe K. Le Portugal domine la poule avec six points, tandis que la Colombie et l’Ouzbékistan en comptent chacun trois. Les Congolais ferment la marche avec un point. Dans le même temps, Colombiens et Portugais s’affronteront pour la première place du groupe. Une victoire congolaise contre l’Ouzbékistan permettrait aux Léopards d’atteindre quatre points, un total qui pourrait leur ouvrir les portes des seizièmes de finale.
Car dans cette Coupe du monde à 48 équipes, la deuxième place n’est plus l’unique voie vers la qualification. Les douze premiers de groupe sont qualifiés, les douze deuxièmes également, auxquels s’ajoutent les huit meilleurs troisièmes. C’est précisément cette nouvelle formule qui entretient encore l’espoir congolais. Mais elle impose aussi une réalité implacable : avec un seul point, la RDC est pratiquement éliminée ; avec deux points, elle resterait largement insuffisante face aux standards observés dans les autres groupes. Seuls quatre points permettraient aux Léopards de s’inviter dans la bataille des meilleurs troisièmes.
Or cette bataille est particulièrement serrée. Plusieurs groupes ont déjà livré leur verdict, et de nombreuses sélections occupant actuellement la troisième place ont terminé avec trois ou quatre points, parfois accompagnés d’une différence de buts favorable. Les Pays-Bas, le Japon, la Belgique, l’Égypte, le Cap-Vert ou encore la Norvège ont déjà sécurisé leur qualification directe ou occupent les premières positions du classement des troisièmes. Dans les groupes J, K et L, où la dernière journée se dispute ce samedi, plusieurs équipes peuvent encore prétendre rejoindre ce classement. Chaque but inscrit ou encaissé pèsera donc lourd dans le calcul final de la FIFA.
Voilà pourquoi la RDC ne peut plus se contenter d’une victoire étriquée si les circonstances le permettent. Battre l’Ouzbékistan est indispensable ; le faire avec une marge confortable pourrait devenir déterminant si plusieurs équipes terminent avec le même nombre de points. La différence de buts, puis le nombre de buts marqués, pourraient départager les derniers qualifiés. Les Léopards devront donc garder un œil sur le duel entre le Portugal et la Colombie, mais surtout sur les résultats des autres groupes encore en lice.
Au-delà des chiffres, ce rendez-vous constitue un véritable test de maturité pour cette génération. Depuis plusieurs années, la sélection dirigée par Sébastien Desabre a retrouvé une identité, une discipline tactique et une crédibilité sur la scène internationale. Face au Portugal, elle a démontré qu’elle pouvait rivaliser avec une puissance mondiale. Face à la Colombie, elle a longtemps tenu tête à une équipe plus expérimentée avant de céder sur un détail. Ces prestations ont suscité des regrets, mais elles ont surtout installé une conviction : cette équipe a les moyens d’écrire une nouvelle page de l’histoire du football congolais.
Encore faut-il transformer cette promesse en résultat.
L’Ouzbékistan, malgré ses trois points, arrive lui aussi sous pression. Une défaite pourrait lui coûter la qualification, ce qui annonce une confrontation ouverte où chaque équipe jouera son destin. Pour les Léopards, il faudra conjuguer maîtrise, efficacité et sang-froid. Il faudra savoir attaquer sans se déséquilibrer, prendre des risques sans offrir d’espaces. Surtout, il faudra répondre présent dans ce genre de rendez-vous qui distingue les bonnes équipes des grandes nations.
Dans quelques heures, plus de cent millions de Congolais auront les yeux tournés vers cette rencontre. De Kinshasa à Goma, de Lubumbashi à Kisangani, de Bukavu à la diaspora, un même espoir animera tout un peuple : voir le drapeau congolais continuer de flotter dans cette Coupe du monde.
Le football offre parfois des secondes chances.
Mais il n’en accorde jamais une troisième.
Ce soir, les Léopards connaissent leur mission. Elle est simple, exigeante et historique.
Battre l’Ouzbékistan, puis attendre que les calculs confirment ce que le terrain aura mérité.
Izinga Daniel

